Peut-être avez-vous déjà fait cette expérience : Vous présentez un logiciel, et votre pote de l’association intervient en amenant ses informations que vous ne maîtrisez pas. Gare à la crise de nerfs !
Je m’étais pourtant préparé à ne pas jouer ce rôle, mais que voulez-vous, quand on est passionné par un sujet, c’est difficile de ne pas commenter le discours officiel.
— « Vous connaissez les logiciels du Terrier d’AbulEdu ? non ? C’est développé par des enseignants, donc c’est béton côté éducatif (genre tes logiciels bof ...) »
— L’autre « Grrrrr.... »
Sauf que je me suis planté, parce que pour installer Association d’AbulEdu sous W$, il faut commencer par installer un truc, qu’il faut télécharger là, et que ci et ça, et que personne n’a rien compris et tu passes encore pour un exentrique.
Bon la qualité d’un formateur, ce n’est pas tant la maîtrise des outils, mais de comment on transmet leur utilisation. Et là, avoir des machines sur lesquelles vous avez systématiquement MSPaint, et Word, ça clarifie le discours.
On a donc fait des affiches sous Word, pour décrire en quelques pictogrammes notre activité. A partir de logiciels les plus répandus sous W$, nous avons experimenté l’informatique comme outil de communication en direction des personnes handicapées.
Et pour que ces personnes utilisent elles-même l’ordinateur, nous avons exploré un panel de jeux.
La plupart des logiciels propriétaires avaient leur équivalent sous une licence libre. Le formateur en a informé les stagiaires, ce qui est déjà une évolution. Firefox était disponible sur les postes, et nous avons eu droit à une démonstration de Tuxpaint [1]].
Le premier enseignement du formateur fut une explication de l’utilisation de la souris : clic gauche = selection, clic droit = tout le reste. Pas déconnant, mais ça oriente tout de suite sur une pratique de l’informatique nommée péjorativement, la clicodromanie. Or, pour les personnes déficientes mentales, les périphériques d’entrée, quelqu’ils soient, sont mal adaptés. Alors pourquoi choisir plutôt la souris, peut-on adapter le clavier, etc ?
Je me suis donc demandé si une telle formation pourrait se baser sur l’utilisation de systèmes d’exploitation libres (GNU/Linux, BSD). Paradoxalement, les systèmes qui respectent les standards ne sont pas standards. Il existe des différences de taille entre l’utilisation d’une Mandriva, et d’une Ubuntu. D’autant que les stagiaires sont à des niveaux disparates, de pratiques, et de langages.
A l’inverse de l’usager sous W$ qui achète un ordinateur avec des programmes pré-installés, la première difficulté qu’on rencontre sous Linux, c’est qu’il faut installer l’OS et les programmes. Et quand je me rappelle mes débuts sous Mandrake 8.2, il fallait en vouloir pour passer du .exe au .rpm avec ses dépendances.
Du système en vente forcée, au choix militant Mais si je reprends mon experience, c’est pour souligner que le passage sous Linux, était avant tout un choix militant. Je voulais Agir sur ma bécane. Non pas devenir informaticien, mais profiter plus amplement de ce qui apparaissait en toile de fond sur la liste de diffusion de Star Office : l’entraide, et le droit d’éxecuter un programme sans restriction.
Et à partir de ça, les implications étaient clairement soulignées. Je savais que ça serait compliqué. Or, depuis quelques années, le discours que j’entends le plus souvent, c’est que Linux est aussi facile à utiliser que W$. Oui, une fois qu’on a opéré un certains nombre de changements dans sa pratique.
Du média à l’outil Ce changement ne doit pas être imposé. Sinon, que reste-t’il de la liberté ? Une piste d’exploration consiste à comprendre l’ambivalence de cet objet qu’est l’ordinateur.
À la fois un média, comme une T.V., un lecteur CD, une console de jeu. La machine sert seulement à transmettre une information à l’utilisateur. C’est à mon sens ce qui va se développer avec les services web. L’ordinateur n’est plus qu’un terminal sur un réseau d’applications.
Mais cette machine, on peut aussi agir dessus. Non seulement l’améliorer, mais lui faire produire des informations qui n’auraient jamais existées (au moins dans la forme) sans l’intervention humaine. À ce moment l’humain devient acteur. Or quelque soit ses difficultés, chacun a le droit d’être formé pour devenir acteur sur ce qui l’entoure. C’est le sens que je donne à mon travail et à mon action de militant des LL. Oui l’ordinateur est plus compliqué qu’un grille-pain, mais nous devons nous inter-former pour rester des acteurs dans l’environnement informatique.
Alors, oui, je pense qu’il est possible de faire des formations sous Linux. Mais mon objectif sera bien de prouver que nous sommes tous capables de transformer le monde, à condition de le comprendre.
[1] Ce logiciel pourrait bien être un cheval de troie pour W$-city — cf [article->http://www.nautile.org/article.php3 ?id_article=197